L’initiative du président burundais, entreprise au nom de l’Union africaine, intervient à un moment où la République Démocratique du Congo traverse une phase de fortes turbulences sécuritaires et politiques.
Sur le terrain, les combats se poursuivent dans les environs de Minembwe malgré le renouvellement du cessez-le-feu conclu lors des discussions organisées en Suisse. Dans le même temps, la scène politique nationale reste sous tension. La controverse autour du projet de réforme constitutionnelle alimente les crispations entre le pouvoir et l’opposition, cette dernière ayant annoncé une mobilisation à Kinshasa le 8 juillet.
Dans ce contexte, la proposition de Faficilation portée par Bujumbura suscite des réactions contrastées. Pour une partie de l’opinion, son calendrier interroge. Certains y voient une initiative qui pourrait offrir au pouvoir congolais le temps nécessaire pour poursuivre son agenda politique, notamment autour de la réforme constitutionnelle, considérée par ses détracteurs comme un facteur supplémentaire de tension.
D’autres observateurs s’interrogent sur la capacité du Burundi à jouer un rôle de facilitateur impartial. Sa proximité politique et sécuritaire avec Kinshasa nourrit des doutes sur l’indépendance indispensable à la conduite d’un dialogue crédible entre les différents acteurs congolais.
Malgré ces réserves, un élément mérite d’être relevé. Les personnalités invitées aux consultations ont, dans leur ensemble, répondu favorablement à l’appel, allant jusqu’à reporter certaines activités publiques. Cette attitude traduit une volonté de privilégier toute initiative susceptible d’ouvrir la voie à une solution politique et pacifique.
Reste une interrogation majeure : quelles sont les chances de succès de cette nouvelle démarche ? La question se pose d’autant plus que les efforts menés jusqu’ici par le président angolais, désigné facilitateur de la crise congolaise par l’Union africaine, n’ont pas permis d’aboutir à un dialogue politique inclusif.
L’entrée en scène du président burundais ouvre ainsi un débat. S’agit-il d’un appui aux initiatives déjà engagées par l’Angola ou faut-il y voir le signe d’une nouvelle orientation de la médiation africaine ? À ce stade, aucune réponse définitive ne s’impose, mais cette évolution témoigne de la recherche de nouvelles approches face à une crise qui s’enlise.
Une avancée mérite toutefois d’être soulignée. Pour la première fois, le camp « Sauvons le Congo » est associé aux discussions. Cette ouverture constitue un pas important vers un dialogue plus inclusif. L’expérience des précédents processus montre qu’aucune solution durable ne peut être obtenue en excluant une partie des acteurs concernés.
Les accords conclus à Washington, à Doha ou encore en Suisse ont permis certaines avancées, mais ils n’ont pas encore produit la paix durable attendue. Cette réalité invite à explorer d’autres pistes. À cet égard, l’initiative portée par le tandem CENCO-ECC demeure une option qui continue de susciter l’intérêt de nombreux observateurs.
La RDC se trouve aujourd’hui à un tournant. L’urgence est de créer les conditions d’un dialogue véritablement inclusif, capable de répondre aux attentes des Congolais. Car, au-delà des médiations régionales et internationales, la paix en République démocratique du Congo ne pourra être durable que si elle est construite avec l’ensemble des acteurs congolais.
GASPARD LWENDO








