Tué en octobre 1996 alors qu’il était en service à l’hôpital, le médecin Jean-Pierre Kashoka Rusina reste dans la mémoire de ses enfants comme une victime de la guerre à l’Est de la RDC. À l’occasion de la commémoration de sa disparition, son fils Armond Kashoka rend hommage à son père et appelle au retour de la paix dans la région des Grands Lacs.
30 ans après la mort de Jean-Pierre Kashoka Rusina, la douleur reste vive au sein de sa famille. Médecin à l’hôpital général de Bukavu, il aurait été tué à Nyawera en octobre 1996, alors qu’il portait secours aux blessés de guerre. Son fils, Armond Kashoka, dénonce une disparition qui a bouleversé leur vie et demande que justice soit rendue aux victimes des violences dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Selon le récit familial, alors que les combats provoquaient la fuite de nombreux habitants de Bukavu, plusieurs médecins de l’hôpital provincial de référence avaient quitté la ville. Jean-Pierre Kashoka Rusina serait resté parmi les rares soignants encore présents pour prendre en charge les malades et les blessés.
Il aurait notamment assisté une femme, appelée Marana, lors de son accouchement et donné le prénom Wanny à son enfant.

Un médecin emmené de force pendant les combats
D’après le témoignage de sa famille, des militaires l’auraient ensuite contraint à les accompagner vers un hôpital militaire situé sur l’avenue Fizi, à Bukavu. Avant de partir, le médecin aurait demandé à passer par son domicile pour voir son épouse et ses enfants. Il aurait également évoqué la possibilité de les envoyer chez leur grand-père, Shindano, si la situation continuait à se dégrader.
Une fois arrivé à l’hôpital militaire, il aurait constaté le manque de réserves de sang et l’afflux de blessés. Il aurait alors décidé de rejoindre l’hôpital général pour assurer une meilleure prise en charge des patients.
Sur le chemin, il se serait arrêté chez son Grand Père Papa Rukengeza sa famille est en face de l’hopital FAC pour prendre des nouvelles de ses proches. C’est à cet endroit qu’il aurait appris la mort de Monseigneur Christophe Munzihirwa, tué la veille du 30 octobre
Malgré l’invitation à prendre un repas avant de repartir, le médecin aurait préféré poursuivre sa route afin de rejoindre les blessés qui avaient besoin de soins.
Mais il n’arrivera jamais à destination. Selon le témoignage familial, Jean-Pierre Kashoka Rusina et les militaires qui l’accompagnaient auraient été tués à Nyawera. Son corps serait resté sur les lieux, avant que sa famille ne soit informée de sa mort par un cousin qui fuyait les violences depuis Nguba.
La famille affirme que sa dépouille a été abandonnée dans une fosse commune à Nyawera, où plusieurs autres personnes auraient également été tuées. Ces circonstances n’ont toutefois pas pu être établies de manière indépendante à partir des éléments disponibles.
Une famille marquée par trois décennies de deuil
La disparition du médecin a laissé ses enfants orphelins de père. Armond Kashoka souligne le rôle de leur mère, dont l’engagement, la foi et les sacrifices leur ont permis de grandir malgré cette épreuve. Il exprime également sa reconnaissance envers les personnes qui les ont soutenus et aidés dans leur éducation.
« Nous ne l’avons pas enterré depuis 30 ans », confie-t-il, évoquant une douleur qui demeure et le besoin de connaître la vérité sur les circonstances de la mort de leur père.
Pour la famille, Jean-Pierre Kashoka Rusina est mort alors qu’il accomplissait sa mission de soignant. Son engagement auprès des blessés reste, selon son fils, un symbole de dévouement et de sacrifice pour la vie humaine.
Un appel à la paix dans la région des Grands Lacs
Au-delà du deuil familial, Armond Kashoka établit un lien entre la mort de son père et les violences qui continuent de toucher l’Est de la RDC. Il déplore la persistance des souffrances des populations civiles et appelle à une paix durable dans la région des Grands Lacs.
Dans son message, il exprime aussi son incompréhension face à ce qu’il considère comme le silence de certaines institutions qui, selon lui, devraient défendre les populations opprimées. Il appelle à la solidarité avec les victimes et à la reconnaissance de leurs souffrances.
Le fils du défunt insiste également sur l’unité nationale. Malgré les pertes humaines et les conséquences de la guerre, il affirme que les Congolais doivent continuer à défendre l’intégrité territoriale de leur pays.
Il adresse enfin un avertissement aux Congolais qui choisissent, selon lui, de soutenir le Rwanda contre leur propre pays. Pour Armond Kashoka, les alliances nouées dans le contexte du conflit peuvent laisser ces personnes sans véritable appartenance lorsque leurs intérêts ne coïncident plus avec ceux de leurs partenaires.
« La paix, la justice et non l’oubli »
À travers cet hommage, Armond Kashoka demande que la mémoire des victimes soit préservée et que les responsabilités liées aux violences passées et présentes soient établies.
Il invite les proches et les connaissances de son père à avoir une pensée pour lui et à prier pour sa famille ainsi que pour les populations de l’Est de la RDC. Il espère que la paix pourra revenir dans cette région, encore confrontée aux conséquences des affrontements armés.
« Nos cœurs réclament la paix, la justice et non l’oubli », résume-t-il, en appelant à ce que les victimes et leurs familles ne soient pas abandonnées à leur souffrance.
30 ns après la disparition de Jean-Pierre Kashoka Rusina, son fils veut faire de ce souvenir un appel à la paix, à la vérité et à la justice. Pour cette famille, le temps écoulé n’a pas effacé le deuil. Il renforce plutôt la volonté de faire connaître l’histoire de leur père et de maintenir vivante la mémoire des victimes de la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo.








