Dépuis plus d’une décennie, les chefferies de WANDO (Territoire de Dungu) et de LOGO-OGAMBI (Territoire de Faradje), dans la province du Haut-Uélé, sont confrontées à un litige frontalier qui constitue une source récurrente de tensions communautaires.
Ce conflit a atteint son paroxysme lors des événements tragiques survenus le 4 et le 5 janvier 2025, au cours des quels plusieurs vies humaines ont été perdues. Pour y remédier, le Gouvernement central a diligenté une mission officielle de clarification des limites administratives, conduite par une délégation mandatée par le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Décentralisation et Affaires Coutumières sous l’ordre de mission N° 25/CAB/VPM/MINTERSEDECAB/SLBJ/4042025, en collaboration avec des experts de l’Institut Géographique du Congo (IGC). Cette mission avait pour cadre légal l’Ordonnance n°21/378 du 10 décembre 1955, laquelle établit les repères officiels de délimitation dont les sources Teride, Gangu et Bimva.
Apres analyse des témoignages, des rapports et des observations recueillis sur le terrain, le Consortium des ONGDH en RDC, relève un certain nombre d’irrégularités majeures dont :
•Le prélèvement des données géo référentielles initialement effectué à la source Gurude, affluent de Teride sans tenir compte des repères légaux ;
•L’imposition d’un quatrième prélèvement sur la source Naboko, absente des textes légaux, et réalisé en l’absence des représentants coutumiers de la Chefferie Wando ;
•La tenue de concertations en huis clos entre certains élus provinciaux et les experts de la mission, suscitant ainsi des soupçons de manipulation et de manque de transparence dans la démarche ;
•La non-prise en compte équitable des notables coutumiers, en contradiction avec le principe de participation inclusive ;
•Le Consortium des ONGDH en RDC constate avec regret que ces pratiques compromettent non seulement la crédibilité des données collectées, mais aussi et surtout risquent également d’attiser un conflit communautaire déjà sensible, avec des conséquences graves sur la paix sociale et la cohésion intercommunautaire dans le Haut-Uélé.
Ce qui confirme que la mission n’a pas contribué à restaurer un climat d’apaisement mais au contraire, elle a amplifié des tensions et la méfiance entre les communautés ;Ainsi, le Consortium des ONG des DH en RDC alerte sur le danger que représentent les interprétations biaisées ou les manipulations des textes légaux et les us et coutumes, qui pourraient conduire à une instabilité durable dans la région.Afin de garantir une solution durable, inclusive et respectueuse de la légalité, eu égard à ce qui précède, le Consortium des ONGDH en RDC, recommande ce qui suit :
1.L’organisation d’une nouvelle mission de délimitation, conduite exclusivement par des experts neutres et qualifiés de l’Institut Géographique du Congo (IGC), avec la participation obligatoire des représentants coutumiers des Chefferies Wando et Logo-Ogambi
2.La création d’une commission mixte et inclusive, regroupant des sénateurs, députés nationaux et provinciaux, experts en droit coutumier, juristes spécialisés et représentants de la société civile, afin d’examiner de manière transparente les limites contestées ;
3.Le respect strict de l’Ordonnance n°21/378 du 10 décembre 1955 comme unique référence légale pour la délimitation des entités concernées
4.L’implication directe du Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et affaires coutumières afin de veiller à l’impartialité, à la rigueur des opérations, et d’éviter ainsi toute instrumentalisation susceptible de menacer la paix et la sécurité.
Le Consortium des Organisations Non Gouvernementales des Droits de l’Homme en RDC rappelle avec force que seule une approche légale, inclusive, participative et transparente permettra de résoudre ce conflit frontalier afin de préserver la fraternité historique entre les communautés sœurs de SAMBIA et AKWA. Point n’est besoin de rappeler la sensibilité et la susceptibilité de ce dossier quasi explosif au regard de la proximité physique de la province d’ITURI et le Sud-Soudan où l’accès à la terre est source des tensions sociales, voire meurtrière.
En foi de quoi, le Consortium des ONG des droits de l’Homme en RDC lance la présente alerte et réitère son engagement à accompagner toutes les initiatives visant à promouvoir la paix, la justice et la cohésion sociale dans le Haut-Uélé en particulier et sur l’ensemble du territoire national en général.
Rédaction










