Il est devenu presque automatique, en République démocratique du Congo, de chercher un responsable unique à chaque regain d’insécurité. Aujourd’hui, ce rôle semble attribué à Jacquemain Shabani Lukoo. Pourtant, réduire la crise sécuritaire à sa seule personne relève davantage du raccourci politique que d’une analyse sérieuse.
La réalité est autrement plus complexe. L’Est du pays demeure en proie à des groupes armés persistants, sur fond d’accusations récurrentes d’ingérences extérieures. Dans ce contexte, l’action du ministre de l’Intérieur s’inscrit dans un environnement profondément instable, marqué par des faiblesses structurelles héritées de plusieurs années de gestion fragile du secteur sécuritaire.
Depuis son entrée en fonction, des initiatives ont été engagées. L’opération « Ndobo » a permis l’interpellation de plusieurs présumés criminels, tandis qu’une réforme de la Police nationale est annoncée pour la période 2026-2030. À cela s’ajoutent des efforts de modernisation logistique et de renforcement des capacités opérationnelles.
Ces mesures suffisent-elles à répondre à l’ampleur du défi ? Évidemment non. Mais elles traduisent une dynamique qui mérite d’être examinée avec objectivité, loin des jugements hâtifs.
Car derrière les critiques adressées à Jacquemain Shabani Lukoo, se dessinent aussi des logiques politiques. Dans un paysage encore influencé par les héritages de l’ère Joseph Kabila, certaines attaques semblent s’inscrire dans une stratégie visant, au-delà du ministre, à fragiliser le pouvoir incarné par Félix Tshisekedi.
Or, la sécurité ne dépend pas uniquement d’un ministère. Elle repose sur un ensemble de facteurs : efficacité de la justice, urbanisation maîtrisée, politiques sociales adaptées. La persistance de phénomènes comme les « kuluna » ou les défaillances de la chaîne pénale en sont des illustrations concrètes.
Faire de Jacquemain Shabani Lukoo le seul responsable d’une crise aussi enracinée revient à ignorer ces réalités. C’est aussi risquer de détourner le débat des véritables enjeux.
La Rédaction








