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RDC/Économie : la Société civile dénonce une spéculation autour de la baisse du taux de change qui appauvrit les ménages(ISGL)

En République démocratique du Congo, l’annonce d’une baisse du taux de change du franc congolais face au dollar américain, souvent perçue comme une bonne nouvelle, ne se traduit pas toujours par une amélioration du quotidien des citoyens. Au contraire, la société civile déplore que cette situation profite aux commerçants et aux changeurs de monnaie, au détriment des ménages déjà fragilisés.Selon l’Initiative Simama Grands Lacs (ISGL), cette fluctuation du taux de change favorise des pratiques spéculatives qui enrichissent une minorité.

Les changeurs de monnaie, par exemple, achètent des devises à un taux réduit pour les revendre plus cher quelques jours plus tard. De leur côté, certains commerçants maintiennent les prix des produits en francs congolais, sans les ajuster à la baisse lorsque le dollar recule. Résultat : ils réalisent des bénéfices supplémentaires en rachetant les devises à un taux plus faible après leurs ventes.Pour les ménages congolais, la situation est tout autre. La baisse du taux de change ne s’accompagne pas d’une diminution des prix des produits de base.

« Avec 10 dollars, un citoyen obtenait autrefois 30 000 francs congolais. Aujourd’hui, il n’en reçoit que 20 000 ou 21 000, alors que les prix des biens restent inchangés », déplore un habitant de Bukavu interrogé par ISGL. Dans les commerces, les stations-service ou les écoles, les paiements sont souvent exigés au taux le plus élevé du marché, aggravant la perte du pouvoir d’achat.Pour Samuel Matabaro, économiste et doctorant en finances publiques, cette situation traduit l’absence de mesures structurelles de stabilisation. « La faiblesse de la production nationale empêche toute stabilisation durable du taux de change.

Sans relance économique, la baisse du dollar relève de la spéculation plutôt que d’une amélioration réelle », explique-t-il.Il recommande à la Banque centrale du Congo (BCC), dirigée par André Wameso, de mettre en place des mécanismes de suivi et d’accompagnement, en collaboration avec le ministère de l’Économie. Ces mesures devraient notamment viser l’actualisation des structures de prix pour le carburant, les produits de première nécessité et les droits de douane, afin que la variation du taux de change ait un impact réel sur le coût de la vie.

Dans un communiqué, la plateforme citoyenne ISGL, qui regroupe des mouvements de jeunes et des organisations de femmes, appelle les autorités à tenir compte de la précarité de la population de l’Est du pays, où l’accès à la monnaie locale devient difficile à cause de la fermeture de certaines banques commerciales dans les zones de conflit.ISGL plaide pour la mise en place d’un couloir humanitaire et financier permettant de faciliter la circulation du franc congolais.

L’organisation met également en garde contre le risque de prolifération de la contrefaçon monétaire, qui pourrait aggraver la crise économique.M. Matabaro appelle enfin à une relance de la production locale et à la réhabilitation des routes de desserte agricole. Pour lui, tant que la RDC dépendra des importations, aucune stabilité macroéconomique ne sera durable. Il invite à investir dans l’agriculture et la transformation locale pour redonner de la valeur à la monnaie congolaise.

Gaspard LWENDO

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