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RDC/Chronique : Activisme ou opportunisme ? Le paradoxe des ONG congolaises et mouvements citoyens après Kabila (Bahati Christian)

Depuis la fin du régime de Joseph Kabila en 2018, la scène de l’activisme congolais semble s’être profondément transformée. Les voix qui, hier, faisaient trembler le pouvoir, se sont faites plus rares. Les organisations naguère emblématiques de la défense des droits humains ACAJ, ASADHO, JED, LUCHA, FILIMBI et d’autres semblent aujourd’hui avoir perdu de leur vigueur.

Sous Kabila, leurs leaders Georges Kapiamba, Jean-Claude Katende, Civis Tshivuadi, pour ne citer qu’eux étaient omniprésents dans les médias et sur le terrain, multipliant déclarations, manifestations et plaidoyers. Certains allaient jusqu’à franchir la ligne de l’activisme pour entrer dans l’arène politique : Jean-Claude Katende, par exemple, avait participé au conclave de l’opposition de décembre 2015 visant à “renverser Kabila”.Mais depuis 2019, le contraste est saisissant.

Alors que de multiples drames humains et violations graves des droits de l’homme ont été enregistrés naufrages meurtriers, taxe RAM, massacre de prisonniers à Makala, viols de détenues, effondrement du franc congolais, sans oublier la perte du contrôle de larges portions du territoire face au M23 le silence des grandes ONG et mouvements citoyens est assourdissant.Une indignation sélective ?Une question se pose : qu’aurait-on entendu si la taxe RAM avait été instaurée sous Kabila ? Si Goma et Bukavu étaient restées une année entière sous la coupe d’un mouvement rebelle sans réaction visible du pouvoir central ? À coup sûr, les communiqués, marches et dénonciations se seraient multipliés.Aujourd’hui, les mêmes organisations, jadis promptes à dénoncer, semblent préférer la prudence. On a même vu émerger une nouvelle forme de patriotisme de façade, censée justifier les défaillances d’un État affaibli.

Pourtant, l’analyse reste la même : si l’armée perd du terrain, la responsabilité incombe avant tout à son commandant suprême, en l’occurrence le président de la République.L’activisme à deux vitessesCe mutisme sélectif laisse penser que l’activisme congolais fonctionne désormais à deux vitesses : l’indignation est forte quand le pouvoir est perçu comme “étranger” à certaines appartenances régionales ou politiques, et s’atténue quand il provient d’un camp “proche”.

Cette attitude donne du crédit à une hypothèse dérangeante : et si certaines structures, sous couvert de défendre les droits de l’homme, avaient en réalité servi de cinquième colonne politique contre Kabila, instrumentalisant la population au profit d’une opposition fondée davantage sur des affinités tribales que sur des valeurs démocratiques ?Une prise de conscience nécessaireIl est temps que les Congolais tirent les leçons de cette manipulation.

Ceux qui ont entretenu la haine du régime précédent au nom de l’activisme doivent aujourd’hui faire un examen de conscience. La vraie lutte citoyenne n’a pas de couleur politique ni d’origine géographique : elle doit s’exercer avec la même rigueur, quel que soit le régime en place.Car le silence d’aujourd’hui, face aux dérives d’hier reproduites sous d’autres formes, révèle moins un manque de causes à défendre qu’un déficit de courage et de cohérence.

Rédaction

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