Le conclave de l’opposition congolaise tenu à Nairobi, au Kenya, continue de faire couler beaucoup d’encre. Sous l’initiative de l’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange, cette rencontre a rassemblé plusieurs figures de l’opposition issues de divers horizons politiques. À l’issue des discussions, un nouveau mouvement politico-social baptisé « Sauvons la RDC » a vu le jour, avec Kabila porté à sa tête.Cependant, derrière ce baptême politique, une question persiste : l’ancien chef de l’État a-t-il enfin trouvé les 15 hommes qu’il disait autrefois lui manquer pour bien diriger le pays ?Une vieille phrase, un nouveau contexteOn se souvient de cette déclaration célèbre de Joseph Kabila, lorsqu’il confessait qu’il lui manquait quinze hommes capables de l’aider à bien gouverner.
Plus d’une décennie plus tard, les visages qui ont répondu à son appel à Nairobi ne sont guère nouveaux : ce sont, pour la plupart, les mêmes compagnons d’hier, ceux-là mêmes qui ont partagé avec lui les responsabilités et les erreurs du passé.C’est ce constat amer que fait Kake Bulindi Akilimali, acteur politique et haut cadre de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) de Vital Kamerhe. Pour lui, le conclave de Nairobi n’a rien apporté de nouveau.« Je me demande si Kabila a enfin trouvé ses 15 hommes, car toutes les personnes présentes à Nairobi sont celles qui ont travaillé avec lui au pouvoir et puis il a dis qu’il n’a réussi à changé l’homme congolais ce qui justifie un insulte aux congolais, donc c’est une messe noir contre la République.
Ce conclave est pour moi un aveu d’échec », estime-t-il.Le silence sur l’essentielAu-delà des querelles politiques, ce qui choque le plus Kake Bulindi, c’est le silence de l’opposition pro-Kabila sur la guerre qui ravage l’Est du pays. « Dans leurs discours, ils n’ont rien dit sur l’agression que subit la République, rien sur les morts, rien sur les populations déplacées. L’ennemi est connu, mais ils font semblant de l’ignorer », s’indigne-t-il.
Pour ce cadre de l’UNC, il s’agit d’une posture irresponsable, d’un refus d’affronter les vraies priorités nationales.« Ils ont tout dit, sauf parler de la RDC », conclut-il, visiblement déçu.Une rencontre ou un retour en arrière ?En vérité, le conclave de Nairobi semble plus symboliser un retour vers le passé qu’un projet d’avenir.
Derrière le vernis d’unité de l’opposition, c’est une même élite qui se retrouve, sans se remettre en question. Une génération d’hommes politiques qui, plutôt que de sauver la République, cherche peut-être à sauver son héritage perdu.Et pendant que le pays se bat pour sa survie à l’Est, que des millions de Congolais subissent la guerre et la misère, certains se rassemblent ailleurs, pour parler de la RDC sans réellement parler pour la RDC.
En somme, le conclave de Nairobi aura été un moment d’auto-célébration pour des hommes du passé, plus qu’un souffle nouveau pour l’avenir.Et la question de Kake Bulindi résonne comme un verdict .« Kabila disait qu’il lui manquait quinze hommes pour diriger le pays… À Nairobi, les a-t-il enfin trouvés ? »
Gaspard LWENDO








