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ESU: Suspension des activités académiques dans les deux Kivu: L’ISGL juge la décision trop radicale au détriment de la jeunesse

Bukavu/Goma, 26 août 2026 — L’Initiative Simama Grands Lacs (ISGL ASBL) exprime sa profonde préoccupation face à la décision des autorités congolaises de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et para-académiques dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur à Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu.

La mesure, prise par arrêté ministériel daté du 20 août 2026, concerne notamment onze établissements publics des deux villes. Elle porte sur les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations, les délibérations ainsi que les autres actes académiques liés à l’année 2026-2027. Une exception est toutefois prévue pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus doit encore être achevé.

Une décision qui risque de pénaliser davantage une jeunesse déjà éprouvée

L’ISGL reconnaît pleinement les impératifs liés à la sécurité des étudiants, des enseignants et du personnel universitaire. La situation sécuritaire particulièrement difficile dans l’Est de la République démocratique du Congo impose aux autorités de prendre des mesures de protection.

Cependant, la suspension générale et indéterminée des activités académiques apparaît à l’ISGL comme une mesure trop radicale, dont les conséquences pourraient être lourdes pour des milliers de jeunes Congolais.

La jeunesse du Nord-Kivu et du Sud-Kivu est déjà confrontée aux déplacements, aux difficultés économiques, à l’insécurité, à la précarité et aux conséquences psychologiques et sociales des conflits. Lui fermer davantage l’accès à l’éducation supérieure risque d’accroître son sentiment d’abandon et de compromettre son avenir.

Pour l’ISGL, l’éducation ne devrait pas devenir une victime supplémentaire du conflit.

L’avenir de la jeunesse ne peut pas être suspendu

L’université constitue un espace essentiel de formation, de recherche, d’innovation, de dialogue et de construction de la paix. Dans une région confrontée depuis plusieurs années aux conflits armés, maintenir les jeunes dans un cadre éducatif est précisément l’un des moyens de prévenir la radicalisation, le désœuvrement et la manipulation de la jeunesse.

L’ISGL estime donc que les réponses aux défis sécuritaires doivent rechercher un équilibre entre la protection des étudiants et la continuité de leur parcours académique.

« On ne peut pas demander à une génération de construire la paix tout en interrompant son accès à l’éducation. La jeunesse du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne doit pas payer le prix des différends politiques et militaires qui la dépassent », estime le Chef de Travaux Samuel Matabaro, Président National de l’ISGL RDC

L’éducation doit rester au-dessus des clivages politiques

L’ISGL appelle l’ensemble des parties prenantes à éviter que les établissements d’enseignement supérieur deviennent un nouvel espace de confrontation politique.

Les universités et instituts supérieurs doivent rester des espaces consacrés à la connaissance, à la recherche et à la formation des citoyens. Les étudiants ne devraient pas être contraints de choisir entre leur sécurité, leur appartenance territoriale et leur droit à l’éducation.

L’ISGL condamne ainsi toute instrumentalisation des institutions universitaires par les acteurs politiques, militaires ou armés, quels qu’ils soient.

Des alternatives sont possibles

Plutôt qu’une suspension prolongée et indéterminée, l’ISGL encourage les autorités à examiner des solutions alternatives permettant de garantir la continuité de l’enseignement dans des conditions sécurisées.

Parmi les pistes envisageables figurent notamment :

  • la mise en place d’un enseignement à distance lorsque les conditions techniques le permettent ;
  • l’organisation de cours dans des établissements alternatifs légalement reconnus ;
  • la création de mécanismes permettant aux étudiants de poursuivre temporairement leur formation dans d’autres villes ;
  • la reconnaissance et la facilitation des transferts académiques temporaires ;
  • la mise en place de plateformes numériques communes pour les cours et les évaluations ;
  • l’organisation d’examens dans des centres sécurisés ;
  • un mécanisme spécial de protection et d’accompagnement des étudiants déplacés ;
  • la mise en place d’un dialogue entre autorités, responsables académiques, étudiants et organisations de la société civile.

Le ministère a déjà annoncé certaines mesures destinées à assurer la continuité académique des étudiants affectés par la crise, ce qui constitue une évolution importante.

L’ISGL appelle à une décision proportionnée

L’ISGL comprend la nécessité pour l’État de protéger l’intégrité et la régularité du système universitaire ainsi que la valeur des diplômes nationaux. Toutefois, la protection du système éducatif ne devrait pas se traduire par l’interruption durable de la formation de toute une génération.

L’organisation appelle donc le Gouvernement de la République démocratique du Congo à réévaluer la portée et la durée de cette suspension et à privilégier une approche proportionnée, temporaire et centrée sur l’intérêt supérieur des étudiants.

L’ISGL encourage également les responsables des établissements universitaires, les enseignants, les étudiants et les organisations de la société civile à maintenir un dialogue responsable afin de rechercher des solutions concrètes à la crise actuelle.

Un appel aux décideurs et aux partenaires

L’ISGL lance enfin un appel aux autorités nationales, aux responsables universitaires, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux organisations de défense des droits humains à unir leurs efforts pour garantir le droit à l’éducation des jeunes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Dans un contexte où la paix demeure fragile, investir dans l’éducation constitue aussi un investissement dans la paix.

Suspendre les armes est une nécessité. Suspendre l’éducation ne devrait jamais devenir une fatalité.

L’ISGL réaffirme sa disponibilité à contribuer, aux côtés des autorités et des partenaires, à toute initiative visant à garantir la continuité de l’éducation, à protéger les étudiants et à faire de la jeunesse un acteur central de la paix et de la reconstruction dans les Grands Lacs.

Position de l’ISGL

L’ISGL demande :

  1. La réévaluation de la suspension générale et indéterminée des activités académiques ;
  2. La mise en place de mécanismes alternatifs permettant aux étudiants de poursuivre leur formation ;
  3. La protection effective des étudiants et du personnel académique ;
  4. La non-instrumentalisation des universités dans les confrontations politiques et militaires ;
  5. L’implication des représentants des étudiants et de la société civile dans les décisions qui concernent leur avenir ;
  6. La reprise des activités académiques dès que les conditions minimales de sécurité sont réunies ;
  7. La mobilisation des partenaires nationaux et internationaux en faveur de la continuité de l’éducation dans les zones affectées par les conflits.

Initiative Simama Grands Lacs – ISGL ASBL
Pour une jeunesse éduquée, engagée et actrice de la paix dans les Grands Lacs.

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